Richard Ying – Blog

23 octobre 2007

La lettre de Huynh Khong An

Filed under: Actualités françaises — Richard Ying @ 19:05. 2 commentaires.

Je vous livre la tribune d’Alain Ruscio, parue le 18 octobre dernier dans l’Humanité. Il cite la lettre de Huynh Khong An qui reprend les mêmes thèmes, les mêmes valeurs que celle de Guy Môquet, mais qui aurait tellement mieux convenu dans le contexte actuel de chasse aux étrangers : ce résistant était d’origine vietnamienne.

TRIBUNE LIBRE
Je lirai la lettre de Huynh Khong An…
Par Alain Ruscio, historien

Je ne la lirai pas à mes élèves, puisque j’ai quitté l’enseignement il y a bien des années. Mais, oui, je lirai la lettre de Huynh Khong An, un patriote vietnamien, un communiste français et vietnamien. À mes proches, à mes amis et même, tiens, aux participants des 7e Assises de la coopération franco-vietnamienne qui commenceront, heureuse coïncidence, précisément ce 22 octobre, à Montreuil.

Huynh comment ? Peu de Français, peu d’historiens, peu de ses camarades de Parti connaissent son nom.

Il a pourtant avec Guy Môquet deux points, au moins, en commun : il était communiste et il a été fusillé à Châteaubriant, comme otage, le 22 octobre 1941. Il était, par rapport au jeune Guy, un vieux. Pensez donc, il avait vingt-neuf ans !

Né à Saigon, dans ce Vietnam que les colonialistes s’obstinaient alors à appeler Indochine, il était venu en France, à Lyon, pour y poursuivre des études. Qu’il réussit brillamment, au point de devenir professeur stagiaire de français. Non sans s’investir à fond dans la vie politique française. Membre du PCF, secrétaire des étudiants communistes de la région lyonnaise, il milite beaucoup, en particulier au sein des Amis de l’Union soviétique aux côtés de son amie et compagne Germaine Barjon. En 1939, après l’interdiction du PCF, il participe à la vie clandestine de son Parti.

Nommé au lycée de Versailles, c’est là qu’il est arrêté (les sources divergent : en mars ou en juin 1941), puis envoyé à Châteaubriant. La suite, terrible, est connue.

Voici sa lettre :

« Sois courageuse, ma chérie. C’est sans aucun doute la dernière fois que je t’écris. Aujourd’hui, j’aurai vécu. Nous sommes enfermés provisoirement dans une baraque non habitée, une vingtaine de camarades, prêts à mourir avec courage et avec dignité. Tu n’auras pas honte de moi. Il te faudra beaucoup de courage pour vivre, plus qu’il n’en faut à moi pour mourir. Mais il te faut absolument vivre. Car il y a notre chéri, notre petit, que tu embrasseras bien fort quand tu le reverras. Il te faudra maintenant vivre de mon souvenir, de nos heureux souvenirs, des cinq années de bonheur que nous avons vécues ensemble. Adieu, ma chérie. »

Il y a, à Paris, au Père-Lachaise, un monument érigé aux martyrs de Châteaubriant. Sous le nom de Huynh Khong An, une simple mention, d’ailleurs anachronique : Annamite.

Je livre cette courte évocation à la réflexion. Et si la présence d’un immigré, d’un colonisé, aux côtés des martyrs français, était un clin d’oeil de l’histoire ? Et si elle prenait valeur de symbole ? Le régime de Vichy qui a livré les otages ou les nazis qui les ont fusillés ont très certainement considéré avec mépris cet étranger venu se mêler aux terroristes. Lui ont-ils demandé de prouver, par son ADN, le droit de mourir pour la France ?

Je ne suis pas partisan du boycott de la lecture de la lettre de Guy Môquet. Mais lisons également, comme en écho, comme en réponse à la xénophobie qui (re)pointe son mufle, celle de Huynh Khong An, un étranger et notre frère pourtant.

> Découverte chez Fiso, sans qui je serais passé à côté.
> Tribune dans l’Humanité.

Premier cours dans une salle de ciné

Filed under: Ma Vie,Vie étudiante — Richard Ying @ 16:48. 1 commentaire.

L’année universitaire a débuté ce matin par deux cours magistraux dans une salle de cinéma. Présent à 7h45 devant les grilles fermées du MK2, j’ai rejoint Pauline, avec qui j’étais à l’IUT de Paris dans le froid encore nocturne de cette fin octobre. Tandis que les autres admis, encore inconnus entre eux, restaient éparpillés, un petit groupe s’est formé autour de celles que j’ai connues via internet, on pouvait reconnaitre Caroline, Claire, Zahra et Emilie.
La pauvre ouvreuse est arrivée à huit heures, l’air encore fatiguée (comme nous tous d’ailleurs), et nous a montré la direction de la salle 1 après avoir remonté la grille.
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Nous nous sommes installés sans avoir l’habitude d’avoir cours dans ce type de salle. Les premiers rangs à se remplir furent ceux du milieu de la salle puis ceux du fond. En compagnie d’Emilie, nous sommes partis à la recherche d’une prise électrique puisque j’avais décidé de prendre mes notes sur mon portable (comment écrire convenablement sans table ni tablette ?) et nous sommes retrouvés à la troisième rangée en partant de devant.
Après l’arrivée du professeur d’histoire des médias et le début de son cours, la chaleur de la pièce — avec un chauffage impossible à régler avant l’arrivée des projectionnistes — devint rapidement insupportable et de nombreux étudiants commencèrent à somnoler, une sensation que les fauteuils moelleux n’arrangeaint en rien.
Heureusement qu’il y eut deux pauses car tenir ainsi toute la matinée aurait été quasi impossible.
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Pour le deuxième cours, de droit des médias, Amanda s’est installée derrière moi, elle en a profité pour lire ce que j’avais noté en histoire des médias.
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Un compte rapide pendant le monologue du professeur de droit a donné un nombre de 85 personnes dans la salle, qui inclurait — en plus des étudiants de L3 (licence 3) — des étudiants de DU (diplôme universitaire), impossible donc de connaitre le nombre de gens dans ma promo…
Après quelques dizaines de minutes de lutte contre le sommeil, la journée s’est enfin terminée, peu avant 12h30.
On risque de sortir ainsi — le dos ramolli et le postérieur engourdi — trois jours par semaine…
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