Retour sur la soirée à la mairie dans Libération
J’ai rencontré hier soir Catherine Coroller de Libération. Habituée des histoires d’expulsions et de sans-papiers, elle a couvert exceptionnellement la politique puisque Arno Klarsfeld avait été médiateur national sur ces questions. M’ayant répondu que cela ne la gênait pas que je reproduise intégralement son article (qui était alors à paraître), le voici.
Celle-ci s’est étendue plus longuement sur la victoire de Sandrine Mazetier que les autres médias d’information, qui se sont focalisés sur la défaite d’Arno Klarsfeld.
Législatives. Zoom sur…
Arno Klarsfeld souffleté par Sandrine Mazetier
8e circonscription de Paris. L’avocat et ami proche de Sarkozy n’a obtenu que 44,15 % des voix face à la candidate PS.
Par Catherine COROLLER
QUOTIDIEN : lundi 18 juin 2007Une immense clameur secoue la mairie du XIIe arrondissement de Paris : «On a gagné !» Il est 21 h 30 et les résultats définitifs viennent de tomber : Sandrine Mazetier, candidate PS, a battu Arno Klarsfeld, candidat UMP proche de Nicolas Sarkozy, parachuté dans la 8e circonscription de Paris. Pour les militants et sympathisants socialistes, c’est une superbe victoire. Cette circonscription était la seule de l’Est parisien encore à droite. Candidate malheureuse aux législatives de 1997, Sandrine Mazetier succède à l’UMP Jean de Gaulle. Au premier tour, Klarsfeld avait devancé Mazetier avec 35,76 % des voix contre 33,54 %. Pour la socialiste, la partie n’était donc pas gagnée. Mourad a voté pour elle. Hier, il était venu, comme beaucoup d’électeurs de gauche, attendre les résultats à la mairie : «Je voulais qu’il y ait un peu moins de bleu à l’Assemblée. Nicolas Sarkozy fait un peu peur, surtout pour nous qui sommes issus de l’immigration.»
A 20 heures, lorsque tombent les premières estimations, la foule se prend à y croire. «Vu les résultats nationaux, on espère…» soufflent des militants du Mouvement des jeunes socialistes (MJS). Entre les deux tours, ils ont battu le pavé de l’arrondissement avec la candidate pour convaincre les abstentionnistes d’aller voter. Bureau après bureau, les chiffres tombent : Sandrine Mazetier est toujours en tête. A 21 h 10, premières clameurs, «Juppé serait battu». «Alors là, c’est la cerise sur le gâteau», se pâme une dame. Le même sondage CSA place Klarsfeld derrière Mazetier. La foule reste circonspecte. Lors du premier tour, un autre sondage avait donné la socialiste gagnante. A 21 h 30, la victoire est certaine. 55,85 % contre 44,15 %. «Sandrine, Sandrine !» scande la foule. Sous les cris et les applaudissements, la députée se place en haut de l’escalier d’honneur de la mairie. C’est du délire. Mazetier rappelle les engagements pris pendant la campagne. «Solidarité entre les générations», et «logement». «Vous entrez avec moi à l’Assemblée», lance-t-elle. A quelques centaines de mètres de là, dans sa permanence, Arno Klarsfeld est battu mais souriant : «Parfois le vent souffle dans un sens, parfois il souffle dans un autre. Parfois il fait beau, parfois il pleut comme aujourd’hui. Je commence ma vie politique par un échec. Je ne suis pas le premier, je ne serai pas le dernier.» Son avenir ? «On risque peut-être encore de me voir dans cet arrondissement.» Lise, étudiante à Sciences-Po, a voté pour lui. Selon elle, la victoire de Mazetier n’a qu’une explication : «Le Modem [qui avait réalisé 12,3 % au premier tour, ndlr] s’est reporté sur la socialiste, cela montre bien que c’est un parti de gauche.» Vers 22 heures, Mazetier est partie pour l’hôtel de ville de Paris, où Bertrand Delanoë a reçu tous les élus socialistes de la capitale. Pour le PS, le basculement à gauche du XIIe arrondissement est de bon augure pour la bataille des municipales 2008.



















