Article initialement publié sur LePost.fr
Avec 3 jours d’avance, l’Assemblée Nationale a fêté à sa façon le réseau des réseaux.
Pour cette première journée de discussion du projet de loi « Création et Internet », les internautes ont eu l’honneur d’une mise à disposition en VOD (Vidéo à la demande) qui ne fonctionne pas à l’heure où est publié ce post puisque les fichiers restent désespérément inaccessibles.
Comme le veut la tradition, l’examen de ce projet de loi a commencé par un discours de la ministre en charge du texte et par les interventions des rapporteurs (trois dont deux pour avis) des commissions consultées.
Rien de nouveau dans les discours, si ce n’est la pétition des 10 000 artistes soutenant le projet de loi qui a souvent rempli le rôle d’argument massue chez les pro-HADOPI, mais aussi chez Sandrine Mazetier (députée SRC opposée au projet) qui a cité une Lorie peu reconnaissante d’avoir été découverte grâce au web…
Comme hier, les partisans au projet ont continué à sortir des affirmations fausses, alors même que les médias étrangers se mettent à les corriger. Ainsi, alors que pour Christine Albanel nos voisins européens nous envient le texte, le site américain Ars Technica rappelle que personne n’a adopté un texte aussi dur (« toughest »), tandis que le groupe socialiste énonçait une liste de pays qui ont définitivement écarté l’idée d’une riposte graduée.
Dans les faits marquants, l’absence de Franck Riester (UMP) après 18h30 a été remarquée par Christian Paul (SRC), tandis qu’aucun député UMP n’était présent au début de la deuxième séance à 21h30.
Encore dans le best-of, Patrick Bloche (pendant la première séance, groupe SRC) et Didier Mathus (pendant la deuxième séance, groupe SRC) ont mené une attaque frontale et très complète contre le projet de loi.
Toujours chez les anti-HADOPI, Jean-Pierre Brard (GDR) a appelé à envoyer des mails de protestation à Christine Albanel puis à Franck Riester (pour qu’il n’y ait pas d’ « injustice »). Didier Mathus (SRC) a quant à lui appelé la jeunesse à manifester ce jeudi à 18h devant l’Assemblée Nationale.
Parmi ces opposants, nous avons aussi constaté la présence de députés UMP (notamment Lionel Tardy ou Alain Suguenot de façon plus nuancée) et de députés Nouveau Centre (l’inébranlable Jean Dionis du Séjour) qui ont conditionné leur vote à l’adoption de nombreux amendements.
Chez les anti-HADOPI, on a réfuté tous les arguments des opposants et défendu sans grosse surprise le projet de loi, interrompant les orateurs, quitte à se faire rappeler à l’ordre par les présidents de séance comme ce fut le cas pour Philippe Gosselin (UMP) ou encore le rapporteur lui-même Franck Riester (UMP).
Ce fut un beau dialogue de sourds, chaque camp accusant l’autre d’user d’arguments caricaturaux…
Echec de la loi DADVSI, MGMT et l’UMP, implication de Luc Besson, intérêts financiers, positions des socialistes, licence globale, Parlement Européen, CNIL, loi qui « part en… « quenouille », pédagogie, envoi de mails de propagande, « offre illégale de films pornographiques violents », consensus sur les accords de l’Elysée, amende, emplois perdus, vol dans les magasins, adaptation au numérique, séparation des pouvoirs, exception culturelle, etc. Tout y est passé.
A l’issue de cette première journée, on peut donc raisonnablement considérer que les positions respectives ont été présentées.
Les députés qui ont suivi le projet seront dans les conditions idéales pour examiner les 415 amendements qui les attendent au cours des séances qui viennent… à commencer par celle d’aujourd’hui 10 heures.
A priori, si les députés suivent correctement l’ensemble des arguments formulés contre le projet de loi, celui-ci ne passera pas. Mais il ne faut pas se faire d’illusion quand les membres d’une Commission Mixte Paritaire sont majoritairement pro-HADOPI…